Le Vent noir

Category: Livres,Romans et littérature,Poésie

Le Vent noir Details

Achevé en 1947, six ans après Siloé, le Vent noir, second roman de Paul Gadenne, est un roman de l'amour fou, de la folie de l'amour, où s'affirme déjà la maîtrise de l'auteur des Hauts-Quartiers. " Un romancier qui parvient à donner cette sensation du gouffre, sans que rien semble voulu ou forcé, et à propos d'un personnage qui n'y semblait nullement prédestiné, est un grand romancier. Je ne vois guère aujourd'hui que Julien Green pour éclairer aussi fortement le monde de la peur et du crime. Et quoique rien ne permette de supposer ici une influence directe, Green est bien l'écrivain dont se rapproche le plus l'auteur de ce Vent noir. " Albert Béguin.

Reviews

A la différence du premier roman de Paul Gadenne, Le Vent noir prend place dans un univers essentiellement urbain. D'ailleurs, les passages décrivant les rues de Paris valent bien ceux qu'on trouve dans les 200 premières pages de Siloé... C'est dire ! (Ceux qui comme moi connaissent bien le XVème et certains quartiers du IXème, seront surpris de voir à quel point le décor a peu changé en l'espace de soixante-quinze ans.) Enfin, qui dit ville, dit Caïn, n'est-ce pas. Mais, n'allons pas trop vite en besogne.Au premier abord, le roman se présente comme l'histoire d'une liaison naissante entre Luc et Marcelle ; le premier vit dans une mansarde étroite, tel un Raskolnikov parisien, et la deuxième est au service (mais est-ce que c'est bien ça qu'il faut dire ?...) d'une vieille bonne femme alitée, Mme Monge, et aux caprices de laquelle, mystérieusement, Marcelle se plie toujours. Le vrai problème, cependant, c??est que Marcelle ne sait pas trop ce qu??elle veut, moins parce qu'elle est indécise que parce qu'elle semble, en dernière analyse, prendre plaisir à faire tourner en rond le petit Luc. Mais bon, à force, celui-ci se fera de plus en plus ?? hum ! hum ! ?? "insistant", dirons-nous... Voilà pour l??histoire.Maintenant, parlons technique. Chaque personnage, y compris le mari de la Monge, prête sa voix à la narration dans les premières parties (dans les dernières, le récit est fait à la troisième personne). Le changement de narrateur n'est pas indiqué au début de chaque chapitre (comme on l'a fait par exemple pour Tandis que j'agonise), car, quoi qu'en dise Albert Béguin dans sa préface, les différences de style d'une voix à l'autre sont suffisamment grandes et impressionnantes : le rythme de la phrase se raccourcit ou s'allonge, se fait haché ou fluide en fonction de la voix retranscrite, ce qui est, je crois, un exercice autrement complexe qu'une simple variation de vocabulaire.Ensuite, si l'influence de Faulkner est indéniable, il apparaît que l'auteur pensait surtout à Crime et châtiment au moment où il a conçu la trame de son histoire, dans la mesure où il s'agit d'un négatif du roman russe. Le Vent noir finit en fait par le début de Crime et châtiment : au lieu de décrire l'enfer d'avoir commis un crime, le roman français raconte l'enfer qu'il faut vivre pour le commettre, tout en nous épargnant l'assommante apparition des flics.Pour conclure, Le Vent noir est sans aucun doute un must, surtout par les temps qui courent, où l'on apprend toutes sortes de choses sur le harcèlement de rue, le harcèlement tout court et autres joyeusetés. Souvent, je me demande : "Mais qu'est-ce qu'ils ont dans la tête, bordel ?" Gadenne, dans son second roman, nous en donne une idée. Il n'excuse rien ; il montre, tout simplement. Et, bien que son français soit d'une grande poésie ?? le langage courant gagnant ici ses lettres de noblesse ??, on ne peut pas dire que tout ça ?? non, vraiment ! ?? soit du joli. Et pourtant, ce livre-là, ce n'est jamais sans quelques regrets qu'on le referme...